Comment mettre en place un cadre structurant auprès des tout-petits ?

Publié le : 08/11/2022

Comment mettre en place un cadre structurant auprès des tout-petits ?

Pour se construire, les tout-petits ont besoin de deux choses : un cadre clairement défini et une souplesse de la part des adultes qui les accompagnent. Si elles peuvent sembler contradictoires, elles sont en fait complémentaires. On fait le point.

On ne peut pas poser un cadre de but en blanc. « L’enfant est une personne en construction dans un monde qu’il découvre tous les jours et il a besoin de faire des expériences pour le comprendre, » explique Céline Méheut, puéricultrice de formation, ancienne directrice de crèche et formatrice. L’adulte qui est là pour l’accompagner et le guider lui pose un cadre structurant pour mieux appréhender ce qui l’entoure : le langage, le bien et le mal, les règles sociales, la propreté, et les relations de cause à effet. Il met l’enfant sur les rails avec un cadre simple et explicite pour qu’il puisse ensuite faire ses propres expériences et comprendre le bien vivre ensemble. Et cela demande aux professionnels de conserver une grande souplesse.


Il faut d’emblée comprendre la distinction entre les 3 types d’énoncé du cadre : les interdits, les règles et les limites. L’interdit n’est pas négociable et concerne tout le monde quel que soit l’endroit. Les règles s’appliquent à tout le monde au sein d’une même structure ou d’une même section et sont amenées à évoluer.

« Et les jeunes enfants sont tout à fait capables de faire la distinction entre les règles de chez leurs parents, grands-parents, de la crèche, du parc… » Ce sont des règles de vie qui assurent le bon fonctionnement d’un groupe dans un espace donné. Enfin les limites touchent plus à l’individualité, de l’enfant comme du professionnel. Elles dépendent des perceptions de chacun.

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Connaître le fonctionnement de l’enfant

« Mais avant de présenter les règles aux tout-petits, il faut savoir comment ils fonctionnent », rappelle Céline Méheut.

En crèche, le rôle de la directrice est donc de s’assurer que les professionnels connaissent les fondamentaux du développement psychique et psychomoteur du jeune enfant et plus précisément les étapes de son processus d’intégration. « Ce n’est pas parce qu’on lui dit de ne pas monter sur une table qu’il ne le fera pas ! C’est la répétition du fait de monter sur la table et la constance de la réaction de l’adulte qui lui fera intégrer cette règle ».

La compréhension de ce lien de cause à effet représente la première phase du processus. Dans un deuxième temps, il va savoir repérer l’action chez les autres et dire s’ils respectent le cadre ou non. Et en dernier lieu, il peut intérioriser la règle pour l’appliquer lui-même — et ainsi apprendre à se contrôler. A ce moment-là, il peut continuer à commettre l’action mais s’arrête et attend de voir dans le regard de l’adulte la réaction adéquate, jusqu’à ne plus la faire du tout.

Les professionnels doivent aussi faire la différence avec les autres étapes du développement comme la
période d’opposition qui apparaît vers l’âge de 2 ans. C’est une étape nécessaire à l’enfant lui permettant de comprendre qu’il a le choix et de trouver sa place au sein de groupe. Pendant cette période il peut donc remettre en doute une règle mais en la gardant acquise au fond de lui. Les professionnels doivent rester ferme sur la règle pour rassurer l’enfant qui est attend une certaine réaction. C’est sur cette constance de l’adulte que l’enfant se construit. Et parce que ces fondamentaux sont posés, il peut ouvrir son champ d’expérience.

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Limiter le nombre de règles

C’est un long processus que les professionnels doivent lui laisser le temps d’assimiler. Dans le cadre imposé, il faut donc y aller par étape, règle par règle et plus l’enfant est petit, moins on lui en impose.

Chez les bébés, il n’y a pas de règles parce qu’ils n’ont pas la capacité de les comprendre et les appliquer. Mais les professionnels peuvent établir deux interdits : ne pas se mettre en danger et ne pas faire de mal aux autres — même si on comprend que mettre le doigt dans l’œil du copain par exemple est une expérience de découverte du monde vivant par rapport à l’inanimé. Il s’agit pour les professionnels d’observer et de prendre en compte là où en est chaque enfant dans son processus d’intégration. En plus des interdits, les professionnels peuvent commencer à intégrer une ou deux règles chez les moyens, comme ne pas réveiller les autres enfants dans le dortoir, manger la nourriture qui se trouve dans son assiette et pas celle de l’autre…

Au fur et à mesure, l’équipe encadrante se met d’accord sur les autres règles à définir : ne pas crier, ne pas courir, puis tout ce qui tourne de la circulation des jouets, des doudous (qu’on peut emporter partout avec soi ou pas…).


Ce travail de cadre est plus difficile dans les structures qui fonctionnent en groupes d’âges mélangés, comme dans les
micro-crèches. Les enfants n’ayant pas les mêmes compétences, on ne peut pas leur demander les mêmes choses et se pose la question de la partialité. Par exemple, pourquoi cet enfant doit faire l’effort de ne pas se lever de table et cet enfant plus jeune peut le faire.

Réfléchir au sens du cadre

Il s’agit donc pour les professionnels d’amener le cadre dans les possibilités de compréhension de l’enfant, mais aussi d’y réfléchir en amont. Si les professionnels posent un cadre sans le comprendre (Pourquoi ? Dans quel but ?) et l’appliquent sans aucune logique, les enfants ne pourront eux-mêmes pas l’intégrer et le suivre. Il doit d’abord être pensé entre adultes.

Par exemple un professionnel pourra être très anxieux de voir un enfant mettre sa main à la bouche quand il fait de la peinture et un autre sera plus capable de le supporter. Le premier peut alors faire comprendre aux enfants que quand ils feront l’activité avec lui, la règle est de ne pas porter la main à la bouche. De manière plus générale, certaines structures ne vont pas autoriser les enfants à emmener leur doudou dehors, d’autres oui. « La question à se poser est de savoir qui ça va gêner et pourquoi. Si on ne voit pas l’utilité d’une règle, il n’y a pas de nécessité à la mettre en place. C’est déjà très complexe de faire intégrer aux enfants les interdits, certaines règles et des limites. Il faut se concentrer sur l’essentiel et ce qui a du sens » souligne Céline Méheut.

Rédaction : Marie Desplumes

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