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PLFSS 2019 : l’allongement du congé maternité des indépendants, bien mais pas suffisant !

15 Octobre 2018

Le 25 septembre dernier, le Premier Ministre Edouard PHILIPPE présentait à l’Assemblée Nationale le Projet de loi de financement de la Sécurité Sociale 2019. Bien entendu, l’équipe maplaceencrèche s’est particulièrement intéressée aux mesures pour les familles.

Au-delà des quelques points sur le complément de libre choix du mode de garde (CMG), c’est surtout l’allongement de la durée du congé maternité pour les travailleuses indépendantes qui nous fait réagir.

Durée de congé maternité identique pour travailleuses salariées et non-salariées

A partir de 2019 donc, les indépendantes, libérales et agricultrices, pourront bénéficier d’une durée de congé maternité identique à celles des françaises salariées. Actuellement, une travailleuse non salariée peut prendre un congé maternité allant jusqu’à 10 semaines quand il est de 16 semaines minimum pour les travailleuses salariées. Cela représente un allongement de 38 jours. Les spécialistes Petite Enfance étant d’accord sur les conséquences néfastes d’une séparation bébé-parent trop précoce, cet allongement est non négligeable pour l’enfant comme la maman !

Cette mesure, qui va incontestablement dans le sens d’une plus grande égalité, est saluée par Marine et Tanguy Desandre, co-fondateurs de maplaceencrèche. Cependant, ils soulignent que ça n’est qu’une première étape et pointent la persistance de manques importants, surtout dans le contexte actuel !

Photo de bébé dans son bain

D’autres mesures attendues pour une parentalité mieux intégrée à la vie pro

Notons d’abord qu’il ne semble toujours pas être question d’allonger le congé paternité, que les travailleurs soient salariés, ou non. Après que des sujets comme la Charge mentale aient été des buzz words en 2018, on pouvait attendre des évolutions rapides et concrètes sur la paternité.

Ensuite, Tanguy Desandre constate qu’il n’est pas prévu de faire évoluer les droits d’accès aux crèches d’entreprises pour les enfants des 2,7 millions de travailleurs indépendants. Le co-fondateur de Maplaceencrèche connait bien le sujet. En 2015, il s’est fortement impliqué dans la rédaction d’un amendement qui aurait permis aux indépendants et chefs d’entreprise de bénéficier du Crédit Impôt Famille (CIF). Amendement retiré, à la demande du gouvernement, lors de l’examen de la loi.

Pourquoi Tanguy Desandre pense-t-il que l’élargissement de l’accès aux crèches est si important ?

La crèche, un mode de garde doublement bénéfique pour les familles

Tout d’abord car la fréquentation d’une crèche est positive pour les tout-petits.

Contrairement à un mode de garde comme l’assistante maternelle à domicile, les enfants en crèche vont apprendre la camaraderie, le partage, l’écoute, … Ils développeront ainsi des traits de caractère utiles : des chercheurs ont noté une plus grande facilité à s’affirmer ensuite tout au long de leur vie. La structuration du quotidien apportée par les crèches est particulièrement prégnante chez les enfants vivants dans un environnement familial difficile.[^1]

C’est, enfin, un premier pas dans la vie en collectivité, à distance des parents, qui facilitera l’entrée en maternelle.[^2]

Ensuite, l’accès aux crèches est important pour les parents, et surtout, vous vous en doutez, pour les mères. Ne nous trompons pas : s’il faut assurer la garde de bébé à domicile faute de place en crèche, en 2018, elles sont encore majoritairement impactées dans leurs carrières. L’INSEE nous apprend qu’en France, 1 mère sur 2 réduit son temps de travail ou s’arrête de travailler après la naissance contre 12% des pères[^3]. Et en moyenne, les femmes perdent 4% de revenus à chaque nouvel enfant.[^4]

Les travailleuses non salariées, qui doivent gérer des aspects supplémentaires aux salariés comme le commercial ou l’administratif, sont souvent plus sensibles aux imprévus de planning. Et tout manque de temps peut se faire ressentir sur la santé financière de leur business. Elles bénéficieraient donc davantage d’un mode de garde sûr comme la crèche.

D’ailleurs, dans son étude de juin 2018, l’Observatoire BNP Paribas de l’Entrepreneuriat Féminin[^5], on apprend que 55% des entrepreneuses redoutent une baisse de revenu. Proportion sans doute plus élevée encore chez les mères.

L’accès des travailleurs non salariées aux places en crèches d’entreprises permettrait surement d’augmenter l’actuel 44,9% d’entre elles qui disent avoir trouvé un meilleur équilibre vie pro / vie perso dans l’aventure.

Il reste donc beaucoup à faire au Gouvernement pour atteindre une équité entre les parents français. Le temps entre les quelques semaines post-naissance et l’entrée en maternelle doit être mieux accompagné. Le recours à une assistante maternelle ou une nounou mutualisée, souvent réservé aux parents ayant de plus importants moyens financiers, ne peut être mis en exemple.

Prendre en compte les spécificités de chaque actif est nécessaire pour les enfants, les travailleurs et pour le pays lui-même qui bénéficiera toujours d’une plus grande sérénité de chaque français !

Notes

[^1]: https://www.cairn.info/revue-la-psychiatrie-de-l-enfant-2004-1-page-259.htm

[^2]: https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/er1014.pdf

[^3]: https://www.insee.fr/fr/statistiques/1281361

[^4]: http://www.slate.fr/story/91949/enfant-carriere-homme

[^5]: https://group.bnpparibas/communique-de-presse/observatoire-bnp-paribas-entrepreneuriat-feminin-occurrence

Crédits photos

Bébé au bain par Matthieu Luna

Cabane par imprensalauro

Crèche par Service photo du Département du Val-de-Marne